Et parce que Margot (le M du FFM) habite à Berlin, tout s'annonçait pour un magnifique séjour.
Ce fut en effet une très belle semaine, bien remplie. Je suis retournée à Berlin pour une troisième fois. Margot m'a amené à un de ces cours à l'université, à la chorale pour chanter le Deutsches Requiem de Brahms et à son cours de tango où j'eus un bref aperçu de la chose. J'en ai également profité pour voir le Schloss Charlottenburg avant Naomi. 1 à 0 pour moi!
Fait divers totalement intéressant. Je regardais la programmation du Deutsche Oper von Berlin pour un spectacle à aller voir jeudi soir. Ils annoncent "Traumgörge". Ça ne me dit rien. Je
regarde le nom des créateurs et je vois Jacques Lacombe direction d'orchestre. Je me dis pas
vrai! Il faut que j'aille voir ça. J'ai donc amené Margot et son copain au Deutsche Oper. Il
s'agissait d'un opéra contemporain mêlant références aux contes de fées et message politique virulent. Bref, nous sommes allés saluer le chef à la fin du spectacle. Il était tellement surpris de
me voir là. J'étais très heureuse de le revoir. Après l'avoir salué, je l'entendais encore dans le corridor qui disait "non, c'est pas vrai!"...
Je suis partie vendredi matin pour Weimar, ville culturelle par excellence. J'y ai battu mon record du nombre de musées visités en une après-midi : proche de 6. Je me dépassai! Là-dessus, comptent les maisons de Goethe, de Franz Liszt, le musée du Bauhaus, la maison du Ginkgo. Je
suis également allée voir une pièce au Deutsches National Theater mise en scène par un jeune allemand de 26 ans. Ça met la pression!
Hier, je me suis fait un devoir d'aller visiter le camp de concentration de Buchenwald. Je trouvais inconcevable d'habiter en Allemagne pour plus de sept mois sans voir un seul vestige de la deuxième Guerre mondiale. Je ne m'attendais pas vraiment à ce que j'ai vu. Je pensais marcher à travers de la poussière et quelques dépouilles de baraques où je devrais m'imaginer des scènes horribles. Or, pas besoin d'imaginer quoi que ce soit. Tout est là. Enfin, presque. Ce qui s'est passé dans ces camps de concentration est au-dessus de ma compréhension, de ce que je peux supporter moralement et émotivement. C'est pourquoi l'expérience fut des plus exigeantes pour moi. Ce qu'on a fait subir aux juifs dépasse les visions les plus horribles, il m'est impossible de décrire. Je me suis sentie étouffée, prise en joug par le paysage, par l'air, par les murs du bunker, par la vue des fours crématoires. Je me suis surtout rendue compte que tout cela s'était réellement passé. C'est arrivé pour vrai. Ce n'était pas un rêve, ce n'est pas qu'un souvenir. Ce fut la réalité de tous les jours pour des années dans le cas de millions d'hommes, de femmes et d'enfants.
Pour des raisons de respect en mémoire de toutes ces victimes, je ne publierai pas mes photos prises à Buchenwald hier. Je les ai prises pour moi, afin de ne pas oublier que ça se passe encore aujourd'hui ailleurs dans le monde. Je les ai prises afin de pouvoir témoigner à mes parents de l'horreur que j'ai ressentie et vue dans ma tête lors de ma visite dans le Konzentration Lage von Buchenwald in Weimar.