Liane : Pourquoi tu veux pas parler? Hein? Dis-le, on te fera pas mal! Allez, Parle Ostie!
L’autre : J’ai rien à dire à vous deux, sales chiennes!
Laurie : Ça sert à rien. Laisse-la tranquille! T’as fait assez de marde de même, t’en a pas assez de faire peur à tout le monde? J’suis sûre que t’es super peureuse dans l’fond! T’aurais même pas le courage d’agir.
Liane : Agir? Qui est-ce qui parle d’agir, maintenant? Regardez-moi ça, elle veut que j’agisse. (S’adressant à Laurie) Et toi, belle conne, t’as déjà fait quelque chose? Laisse-moi travailler en paix. Pis, si t’es trop sensible pour voir ça, y a rien qui t’empêche de sacrer le camp!
L’autre : Non! Faites-moi pas mal!
Liane : (s’adressant à l’Autre) T’as pas compris ou quoi? J’ai dit que moi seule j’allais en arriver là si tu décidais pas de parler au plus vite! Elle, elle a rien à voir avec ça, OK?
Laurie : Tu peux ben parler tant que tu voudras…
Liane : Alors, tu le dis oui? Qui est-ce qui te l’as vendu? Parle, c’est ta dernière chance.
Laurie : Regardez-la devenir agressive! Une vraie lionne! (Sur un ton de dégoût) Pathétique!
L’autre : J’ai rien fait, je sais pas de quoi vous parlez.
Liane : Là, ça va faire!
Laurie : Oh! Tu vas te mettre en maudit, je suppose!
Liane : Ouais, pis ce sera pas beau.
Laurie : Si tu veux la torturer, tu serais mieux de t’y prendre comme ça. (elle tord le bras de l’Autre et lui donne des coups).
Liane : Attends, laisse-moi faire! (elle la pousse et continue à battre l’Autre qui est étendue par terre et que l’on entend pleurer de façon violente).
Laurie : Arrête! T’es folle, tu vas la tuer! (elle se jette sur le corps et pendant que celle-ci se débat, les deux lionnes se battent jusqu’à ce que l’on entende un grand cri étouffé et une dernière respiration).
Liane : Qu’est-ce qui s’est passé? (Silence). (à l’Autre) Allez, relève-toi, j’ai pas fini!
Laurie : C’est pas vrai! (silence affolé). Arrête, tu vois pas qu’elle est…
Liane : Qu’est-ce que tu veux dire (long silence) elle peut pas être…
Laurie : Fuck…fuck…fuck. On est des criminelles. On est taché de sang à tout jamais. (elle se met à paniquer).
Liane : Voyons, calme-toi, on a rien fait. C’est elle qui s’est acharnée. C’est pas not’ faute.
Laurie : Mais, je ne te parle pas de notre faute, je te parle qu’on a tué quelqu’un!
Liane : Chut! Pas si fort, tu veux vraiment qu’on se fasse arrêter ou quoi?
Laurie : Je sais pas, qu’est-ce qu’on est censée faire dans des situations de même?
Liane : Pourquoi tu me demandes ça, tu penses que ça m’arrive souvent?
Laurie : C’est un accident, non, c’était de la légitime défense. Ouais, c’est ça, de la LÉGITIME défense. On a le droit à ça, non?
Liane : De la légitime défense! Laisse-moi rire, tu sais ce qu’ils font avec ta supposément légitime défense, ben ils vont te la transformer en agression encore plus grave. Ils vont en profiter pour t’accuser sur le fait que tu avoues que tu es impliquée personnellement dans cette affaire-là.
Laurie : Alors, on se tait, pis on fait comme si de rien n’était. (elle fait un mouvement comme pour partir)
Liane : Ouais, mais t’oublies pas quelque chose? (elle pointe le cadavre)
Laurie : C’est vrai! Qu’est-ce qu’on fait avec ça?
Liane : Pourquoi c’est toujours à moi qu’on pose les questions?
Laurie : Ben, c’est quand même toi qui l’as tué.
Liane : Comment ça, moi? J’ai rien fait, tu te souviens? (elle s’approche de Laurie comme pour la menacer)
Laurie : Commence pas, Liane. T’aurais pas envie d’avoir un autre cadavre sur la conscience.
Liane : T’as quand même aidé aussi, en te jetant comme une lionne enragée sur le corps, tu l’as quand même un peu magané.
Laurie : On perd surtout du temps à s’engueuler comme ça, sans que ça donne rien. Ce qui est important, c’est de savoir comment agir avec le cadavre et comment réagir si quelqu’un s’en vient.
Liane : Y a personne qui va nous trouver ici. On a pas à s’en faire avec ça.
Laurie : Oui, mais il faudrait être parties avant la découverte du corps.
Liane : Mais, qui t’as dit qu’ils allaient le trouver à cet endroit-ci, précisément?
Laurie : Bon, ça sonne l’idée géniale, c’est tellement rare, on va l’écouter.
Liane : Ça va faire le chiâlage, tu trouves pas qu’on est assez mal prises comme ça, sans en plus se taper dessus mutuellement!
Laurie : Faut qu’on fasse quelque chose!
Les deux se regardent et ne savent que faire. Un long moment de silence ou chacune d’entre elles essaie de déplacer le cadavre.
Liane : C’est foutu! On est même pas capable de le transporter en quelque part d’autre.
Laurie (prise de panique soudaine) : Mais, il faut FAIRE quelque chose, on peut pas abdiquer comme ça. On a tué quelqu’un après l’avoir menacé dans le fond d’une ruelle, ils se demanderont pas deux fois qui a ben pu faire ça! OK, on est des meurtrières, c’est notre punition, mais c’est pas obligé que ça gâche notre vie au complet. Après tout, c’est une petite affaire qui a mal tournée. C’est vrai, au début, on voulait pas la tuer, hein? (elle semble vraiment inquiète).
Liane : Veux-tu arrêter de paniquer deux secondes? Tu m’empêches de me concentrer.
Laurie : Parce que madame s’en fout qu’on soit des assassins, qu’on aie ôté la vie à quelqu’un sans raison valable…
Liane : Premièrement, y a jamais de raison valable au meurtre de quelqu’un. La vie c’est la propriété de chacun, pis y a personne qui a le droit d’y toucher. Nous, on a fait une gaffe, c’est pour ça que c’est impératif qu’on trouve une solution pour faire croire au reste du monde que c’est pas nous qui lui avons enlevée la vie.
Laurie : Ok, on pense. Réfléchis, Laurie. Réfléchis. (elle se tape le front en croyant réfléchir)
Liane : Je crois vraiment qu’on devrait commencer par la fouiller pour voir si elle a ce qu’on cherchait pis après, avec l’argent, on a juste à foutre le camp dans un pays chaud pas connu, pis on vit tranquillement sans jamais se faire pogner. Qu’est-ce que t’en penses? Génial, non?
Laurie : Toi, vas-y, si c’est ça que tu veux, mais moi je suis pas capable (elle éclate en sanglots) Il faut que je reste ici pour recevoir la punition que je mérite. C’est pas correct, sinon, tu comprends Liane? Toi, pars, moi je reste. Je le dirai pas que c’est nous deux.
Liane : (elle hésite, elle tourne en rond, elle ne sais pas quoi faire) Criss! Pourquoi moi j’ai jamais pu avoir ce courage-là? Chus juste pas capable, désolée. (elle se tourne vers le cadavre, elle le fouille, prend ce qu’elle cherchait et se retourne vers Laurie qui pleure de plus belle) Désolée.
Elle s’éloigne et sort en courant.
Laurie reste appuyée la tête sur le cadavre en chantant une berceuse.
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